Paroles d’enfants adoptés

en complément à celles du livre

Je trouvais inconcevable d’écrire un livre sur l’adoption, sans donner la parole aux enfants qui ont été adopté. De plus, je crois que ce sont eux qui détiennent une grande partie des réponses à la plupart des questions que nous nous posons. J’ai donc tenté de rencontrer différentes personnes afin d’échanger avec elles et de leur poser quelques questions.

Pourquoi avez-vous accepté de me rencontrer ?

«Pour contribuer à ton ouvrage et faire découvrir un autre point de vue de l’adoption. Il existe beaucoup de préjugés au sujet des enfants adoptés. On dit qu’ils sont agités, ont des difficultés à l’école, mais ce n’est pas le cas de tous. Je trouve aussi important de dire aux parents que l’adoption ne consiste pas simplement à sortir un enfant de la misère. Adopter un enfant veut dire l’aimer, l’aider à grandir pour qu’il puisse devenir quelqu’un. Il faut s’occuper des enfants que l’on adopte, pas seulement soulager sa conscience.»
Virginia

«Pour faire profiter les autres de notre expérience et faire savoir que ce n’est pas si épouvantable que ce que l’on dit l’adoption.»
Audrey-Ann

«Parce que ça ne me dérange pas d’en parler et aussi parce que ça peut contribuer à faire évoluer les mentalités.»
Diana

Que pensez-vous de l’adoption ?

«C’est donner une seconde chance de vivre à quelqu’un. Et on peut être très fiers de ce que l’on est quoi qu’en pensent les autres.»
Lorie

«Je pense que c’est une bonne chose. Au Québec nous sommes choyés, à Haïti les gens meurent de faim. C’est une délivrance pour nos parents, tellement le taux de mortalité est élevé là-bas. C’est un cadeau du ciel pour moi et mes parents tant de naissance qu’adoptif d’avoir été adoptée. Je me trouve chanceuse d’avoir été adoptée. Quand je vois comment ça se passe en Afghanistan ou que je regarde des émissions sur les pays en voie de développement je réalise que je suis bien ou je suis... je serai peut-être morte aujourd’hui.»
Diana

«Lorsqu’on a vécu beaucoup de problèmes au cours de sa vie d’enfant, être adoptée c’est comme une deuxième vie; une chance de réaliser nos rêves !»
Emily

Comment avez-vous vécu votre adoption au fil des âges ?

«C’est souvent l’arrivée à l’école qui exacerbe certaines questions. Car les autres enfants posent une panoplie de questions que les enfants ne se sont parfois pas encore posées. Ils se font dire que nous ne sommes pas leur vraie maman, on leur demande ou est leur vraie maman, etc. Ainsi suite aux premiers jours d’école ma fille m’a demandé ou était sa vraie maman et si je l’aimais ? Mon fils lui m’a dit «Y’a sûrement une maman qui m’a eu dans son ventre.» Maman de 4 enfants adoptés à Haïti

«Lorsque j’ai quitté la Russie j’étais contente. Tout ce que je voulais c’était d’être adoptée; avoir une maman qui m’aime et une vie meilleure. Tous les enfants à l’orphelinat rêvent de ça. On ne peut pas vivre sans mère ! Puis c’est dur la vie à l’orphelinat; il fait froid, on a pas d’amour, les règles sont strictes. Et à 16 ans il faut s’en aller. J’avais peur de ce qu’il allait m’arriver si je n’étais pas adoptée. J’avais aussi peur car des enfants m’avaient raconté des histoires de trafic d’organe. Mais je me disais que ces gens n’avaient pas fait un si long voyage pour rien. Ils avaient l’air de vraiment tenir à moi et j’avais toujours rêvé d’être adoptée en Amérique. Au début il a fallu que j’apprenne à partager mes parents avec les autres enfants de la famille et ce n’était pas toujours facile. Je me sentais aussi coupable de la place que je prenais dans cette famille. Les sous nécessaires à mon adoption et le fait que dorénavant il y avait une personne de plus faisait en sorte que certains projets familiaux étaient limités. Je m’évertuais aussi à être parfaite, pour plaire par crainte d’être rejetée et que l’on me renvoie en Russie. En Russie on m’avait déjà adopté et à cause d’une toute petite bêtise on m’a ramené à l’orphelinat. J’imitais ma soeur dans ses goûts, sa façon de vêtir et me reniais, mais maintenant ce n’est plus comme ça ! Puis j’avais beaucoup de difficulté à comprendre que l’on puisse me reprendre ou me réprimander sans que cela remette en question l’amour que l’on me portait. Pour moi si je faisais quelque chose de mal, je devenais une mauvaise personne. »
Emily
«En vieillissant je trouve que l’endroit ou j’habite n’est pas ma place. Je serais plus à l’aise dans une grande ville. Il n’y a pas assez de gens de ma couleur autour de moi et ce n’est pas ici que je vais pouvoir découvrir davantage mes origines. Je me sens assez différente des autres, j’ai commencé à travaillé tôt, je me sens plus mature que les filles de mon âge et pour moi l’autonomie c’est super important. En travaillant j’ai eu le contrôle sur mon argent et aussi sur ma vie.»
Diana

Comment avez-vous vécu le fait de grandir et de partager votre famille avec des frères et soeurs adoptés ?

«Lorsque notre soeur est arrivée, mes parents étaient très tournés vers elle. Elle faisait l’objet de toute leur attention. Je n’ai jamais été jalouse ou fâchée contre elle, juste un peu soucieuse parfois de cette nouvelle situation. Mais au fil du temps, je me suis habituée. Chacun a trouvé sa place et maintenant c’est ma soeur. A la maison nous sommes tous égaux.»
Audrey-Anne

Qu’est ce qui est le plus difficile lorsqu’on est un enfant qui a été adopté ?

«Accepter la famille qui t’a adoptée, accepter que la mère avec laquelle tu vis, c’est elle ta mère. Quant tu es petit tu ne penses pas à ça, mais en grandissant différents scénarios prennent forme dans ton esprit. Si je m’étais fait adopter par une autre famille comment est que ça aurait été, etc. Si tu n’acceptes pas ta famille, tu ne peux pas grandir avec elle. Si tu ne marches pas avec eux, dans le même sens, ça ne fonctionne pas et ceci même plus vieux. Car plus on grandi, plus on y pense... d’où l’importance d’accepter sa famille comme étant la sienne.»
Toby

«Ce que je trouve difficile c’est d’être différente au niveau de la couleur. Il y a encore des préjugés racistes. Lorsque j’étais plus jeune je voulais être blanche, maintenant non. J’aime être comme je suis. En vieillissant on s’accepte plus comme on est.»
Nadia

«Ce qui est le plus difficile c’est le point de vue des autres gens, les questions intrusives, les préjugés. »
Lorie

«Au début j’avais l’impression que les enfants biologiques de mes parents avaient plus de privilèges que moi. Par exemple si on m’envoyait me coucher tôt parce que j’avais eu une dure journée je pensais que c’était pour se débarrasser de moi et avoir davantage de temps pour profiter de leurs enfants biologiques.»
Emily

«C’est difficile de se faire toujours dire que l’on est adopté. Que des inconnus se permettent de nous poser des questions, le ton sur lequel cela est parfois dit, le fait que ça revienne inlassablement comme si les gens ne pouvaient passer à autre chose.»
Gabriel

Selon vous qu’est ce qui fait que certaines personnes vivent bien leur adoption alors que d’autres la rejettent ?

«Ça dépend de l’âge auquel tu as été adopté. Moi j’étais un bébé quant j’ai été adopté, j’ai toujours vécu avec les parents qui m’entourent en ce moment. Ça dépend aussi de comment tu as été élevé. Si les parents te donnent de l’amour, de l’affection, si la famille t’a accueillie, si elle t’aide, si elle ne te regarde pas de travers lors des fêtes de famille. Toutes ces choses font que l’on se sent bien, que l’on se sent chez nous et pas observés. La personnalité, ce que tu es comme personne et la façon dont tu vois la vie sont aussi importantes. On peut décider d’accepter ou de ne pas accepter ce que l’on vit. On peut le comprendre d’une façon positive ou s’en faire un malheur qui nous ronge. Cela dépend de ce qu’il y a dans notre coeur. C’est important de s’accepter soi-même.»
Toby

«Je pense que c’est important de mettre du positif dans la tête des enfants, de répondre à leurs questions et de toujours les tourner vers le meilleur plutôt que vers le pire.»
Virginia

«Le lien qui se tisse entre les nouveaux parents ainsi que les frères et soeurs et nous est pour beaucoup. Il y a aussi des genres de parents que je n’aurais pu accepter, quelqu’un sans valeur, qui me laisse tout faire ne m’aurait pas plus du tout. »
Emily

«Le fait de partager la même chambre nous a aidé à créer des liens, même si au début je ne voulais pas. Je trouvais qu’accueillir une autre personne c’était déjà beaucoup, je voulais qu’il me reste au moins ma chambre pour me retirer quand j’en avais besoin et pour ne pas me sentir trop envahie.»
Audrey-Anne

«Je crois que lorsqu’on est adopté petit s’est plus facile que si on est grand. Il faut aussi que les parents nous acceptent comme nous sommes. Si l’enfant ressent qu’il ne répond pas aux attentes de ses parents ou que ces derniers ne lui disent jamais qu’ils l’aiment, il ne peut pas être convaincu que son adoption est une bonne chose.»
Taina

Regrettez-vous d’être un enfant qui a été adopté ?

«Quant tu regardes ce qu’il y a ici par rapport à là-bas, tu ne peux pas te dire que tu regrettes. En plus on a pas commencé notre vie là-bas alors on ne peut pas savoir ce qui se serait passé si nous n’avions pas été adoptés. Mais c’est sûr que je me dis aussi que mon père et ma mère d’Haïti m’aimaient eux aussi.»
Toby

«Moi je devais être adoptée par des parents français et finalement j’ai été adoptée au Québec. Parfois je me demande ce qu’aurait été ma vie en France.»
Laurie

«Mes parents voulaient me sauver !»
Gabriel

Est-ce que le fait d’avoir des frères et soeurs de la même nationalité a facilité les choses ?

«On se sent une solidarité, une similitude au niveau de la pensée familiale. Tu prends la confiance de l’un et de l’autre. Cela a parfois un lien avec la couleur, mais pas tout le temps.»
Virginia

«Ça n’est pas forcément important, mais c’est plaisant. C’est plus facile et on se sent plus libre entre nous.»
Gabriel

«J’aurai trouvé ça embêtant d’être enfant unique.»
Lorie

«Si maman avait pu avoir des enfants dans son ventre, je n’aurai pas aimé être la seule enfant adoptée. Je me serai toujours demandé à quoi ça lui servait de m’adopter. Des frères et des soeurs ça va plus nous comprendre, ressentir la même chose. En plus moi je suis chanceuse j’ai été adoptée avec ma soeur. Cela nous fait aussi penser à nos frères et soeurs qui sont à Haïti.»
Taina

«Pour moi ça n’a rien changé d’avoir une soeur de la même nationalité que moi. J’étais déjà précieuse, gâtée et appréciée par plein de gens.»
Diana

«Au début j’ai pensé cacher le fait que j’étais adoptée, parce que je n’avais pas envie d’en parler. Mais c’est une fierté d’être Russe. Les gens à l’école viennent me poser des questions. Je ne pourrai jamais oublier la partie de moi qui est Russe. Ce n’est pas oubliable. Je parle en Russe dans ma tête et le soir avant de me coucher je pratique les mots plus durs pour ne pas oublier.»
Emily

Quelle est votre relation avec vos frères et soeurs ?

«Même si Laurie est ma soeur de sang, nous nous disputons souvent. Et elle est très proche de Virginia.»
Taina

«On se fixe des règles et on fait des compromis, c’est la façon de fonctionner à la maison.»
Lorie

«Je m’entends très bien avec ma grande soeur, qui est une enfant biologique de mes parents. Elle a beaucoup de vécu et j’adore discuter avec elle. J’ai parfois l’impression qu’elle peut me guider.»
Diana

Etre différents est aussi une force ou seulement une difficulté ?

«C’est aussi une force, notamment dans le monde du sport ou il y a des a priori positifs envers les garçons noirs.»
Toby joueur de basket !

«Il y a de plus en plus de personnes noires célèbres, qui inspirent les gens surtout dans le monde de la musique et des sports. Puis lorsqu’on a la chance d’être une jolie fille, il faut reconnaître qu’une jolie fille noire on la remarque !»
Virginia

«C’est aussi une force d’être différent, ça forge le caractère, ça nous rend plus fort et peut-être que les autres peuvent apprendre de nous aussi. »
Lorie

«Oui c’est aussi une force. La couleur nous donne une touche d’exotisme et cela fait en sorte que l’on se démarque. On joue aussi un rôle d’ouverture envers les autres. Chaque personne apporte quelque chose aux autres.»
Diana

Comment vit on le fait d’être souvent la seule personne de sa couleur ou de sa nationalité ?

«Lorsqu’on rencontre d’autres noirs lors d’événements ou que l’on se croise sur le trottoir on a toujours l’impression qu’ils sont vraiment contents de nous voir. On se salue même si on ne se connaît pas. On se parle plus facilement et parfois j’ai l’impression qu’on se comprend intérieurement sans se parler.»
Toby

«On est pas toujours seule de notre couleur, les cultures se mélangent de plus en plus. Mais j’aimerai bien savoir encore parler créole, puis j’adore aussi voir des personnes noires qui portent les vêtements de leurs pays dans la vie de tous les jours. »
Virginia

«J’ai l’impression qu’il y a une sympathie innée entre les personnes de même nationalité. On se dit salut sans se connaître. Pour moi cette reconnaissance est importante !»
Lorie

«Quand je suis toute seule de ma couleur, parfois j’ai peur de me faire regarder de travers. Lorsque je rencontre d’autres personnes noires plus vieilles j’ai l’impression qu’elles me soutiennent et m’encouragent du regard pour que je ne me sente pas toute seule. »
Taina

«Je ne suis pas le seul à mon école, mais les autres sont plus pâles. Parfois je sens que l’on me regarde de travers, mais ce n’est pas la majorité. »
Gabriel

Vous sentez-vous Québécois ou plutôt liés à votre nationalité d’origine ou un peu des deux ?

«Je suis conscient que l’on vit au Québec, mais mes origines Haïtiennes demeurent fortes et présentes pour moi. J’ai le rythme dans le sang, je danse et je suis fière d’avoir cet héritage !»
Virginia

«On reste Haïtien mais on est québécois.»
Lorie

«C’est un mélange des deux; je me sens acceptée au Québec, mais je suis noire comme les Haïtiens.»
Taina

«Des fois un peu des deux, mais plus souvent Québécoise. J’habite ici, ma famille est ici, je ne parle presque plus russe et c’est aussi une façon d’aller de l’avant !»

Emly
«Parfois je me demande si je suis plus une ou l’autre, j’ai la couleur Haïtienne mais ça fait plus longtemps que j’habite au Québec. Mais c’est important pour moi d’avoir des objets d’Haïti, de faire partie de ce que le peuple noir se transmet.»
Alyssa

Vous sentez-vous concernés par vos pays d’origine ou celui de vos frères et soeurs ?

«Oui, moi ça me fait de la peine de voir ce qu’il se passe à Haïti.»
Toby

«Avant ça ne m’intéressait pas vraiment, mais lors des grosses inondations dans les Gonaïves j’y ai pensé plus. Au début je ne voulais pas participer aux différentes mobilisations, mais j’ai réfléchi et j’ai fait ma part.»
Virginia

«J’essaie de m’informer pour savoir ce qu’il s’y passe.»
Lorie

«Ça me fait de la peine de voir les gens Russes qui se démènent... et lorsque je suis plus sensible ou maussade ça ne me tente pas d’entendre parler de mon passé.»
Emily

«Oui parce que c’est mon pays.»
Gabriel

«Oui lorsque je serai assurée d’un revenu stable j’aimerai beaucoup parrainer un enfant.»
Diana

Confié ou abandonné est ce que ça change quelque chose ?

«On comprend que dans les mêmes conditions ont aurait peut-être fait la même chose. On s’imagine la peine et en même temps les espoirs de nos parents de naissance. Ils ont pris une bonne décision c’est tout ce qui compte. »
Toby

Quelle est l’importance de votre histoire de base ?

«Le fait de ne rien savoir fait que l’on se pose toute sorte de question. Parfois lorsque je croise une autre personne noire je me dis que c’est peut-être mon frère ou ma soeur.»
Toby

«Moi j’aimerai savoir plus de choses, savoir à qui je ressemble. Ça manque de ressembler à personne. J’aimerai savoir si j’ai des frères et soeurs.»
Virginia

«Connaître notre nom de famille s’est important. Je voudrai aussi savoir si mes parents étaient grands ou petits cela me rassurerait puisque je suis toute petite.»
Taina

«Si je pouvais savoir si je ressemble à mon père, je serai fier de moi.»
Gabriel

«C’est important de connaître mon nom de famille car cela constitue un indice. Des fois je me dis que si mes parents m’ont laissé leur nom c’est parce qu’ils souhaitaient que je les retrouve. J’aurai aimé ça savoir plus de choses sur eux pour savoir davantage qui je suis et comprendre certaine de mes réactions. »
Diana

Lorsque vous pensez à vos familles d’origine à qui pensez-vous le plus ?

«A mes frères et soeurs, car je me dis que s’ils ont été adoptés peut-être qu’ils sont tout prêts.»
Virginia

«Quand je m’amuse j’y pense moins. Mais sinon je me demande souvent si mes parents d’Haïti vont bien, s’ils pensent à moi, s’ils se souviennent de moi.»
Alyssa

«C’est à ma mère que je pense le plus, j’aurai aimé la connaître davantage et surtout que ma grand-mère ne me donne pas une si mauvaise image d’elle alors que ce n’était pas la vérité. J’aurai aimé qu’elle me prenne dans ses bras et me dise qu’elle m’aime. Ma mère d’adoption l’a beaucoup fait et le fait encore même si je suis grande et ça fait du bien. Elle m’a aussi suggéré de prendre la petite fille qui est en moi et de la bercer pour la consoler... ça m’a soulagé.»
Emily

S’il y a d’autres frères et soeurs auprès de vos parents de naissance comment vivez-vous cela ?
«Il faut faire notre vie ici, on a pas juste ça à penser !»
Toby

Si vous pouviez rencontrer vos parents que souhaiteriez-vous leur dire ?

«Je voudrais seulement savoir s’ils sont toujours en vie.»
Toby

«Peut-être que cela contribuerait à diminuer le sentiment d’abandon que j’éprouve. Je ne veux pas que les gens soient pas fâchés contre moi. Lorsque j’étais petite et que ma mère me chicanait je croyais qu’elle ne m’aimait plus. J’ai souvent peur d’être rejetée et les disputes déclanchent chez moi de grosses déprimes. »
Diana

Pourquoi est ce si important de savoir d’où on vient ?

«C’est important de savoir pour se connaître et savoir davantage qui ont est. En fréquentant d’autres personnes de ma couleur, j’ai l’impression de comprendre un peu plus qui je suis. J’aimerai bien retourner un jour à Haïti, parce que c’est difficile de vivre quand on ne sait pas qui on est et que l’on a pas accès à la culture de notre origine. Le vaudou m’attire énormément pourtant je n’y connais presque rien.»
Diana

Quel est le plus gros merci que vous pourriez adresser à votre mère de naissance et à votre mère d’adoption ?

«A ma mère adoptive je voudrai lui dire merci de m’avoir choisie.»
Virginia
«A ma mère de naissance je voudrais lui dire merci de m’avoir fait naître et à mère d’adoption, merci d’avoir voulu nous prendre.»
Taina

Est-ce que le fait que vous ayez été adopté, que vous apparteniez à une nationalité ou que vous ayez partagé votre famille avec des enfants adoptés influence ce que vous souhaitez ou espérer de la vie ?

«C’est pas la couleur qui fait la vie.»
Toby

«Non, le jugement existe partout.»
Lorie

«Nous sommes tous différents les uns des autres. Nos amis nous ont choisi pour ce que nous sommes. J’ai des amies qui sont contente d’avoir une amie brune !»
Taina

Quel conseil donneriez-vous aux enfants adoptés ?

«De ne pas se fier aux apparences, de se fier à eux et de poursuivre leur but. Ne pas rester dans l’ombre, s’intégrer et offrir nos talents. Faire ce que l’on aime quoi qu’en dise les autres. C’est important d’être défendue par les autres.»
Taina

«D’avoir confiance en soi et d’être fort en dedans de soi. De se faire embêter ce n’est pas grave, il faut être convaincue au fond de nous que les insultes ou reproches ne sont pas vrais. S’ils ne sont pas vrais, ils ne peuvent s’adresser à nous et nous faire du mal. Accepter sans se fâcher même si on est bouleversé. Lorsqu’on sera plus grand et que l’on fera notre vie, ceux qui nous auront embêtés ne seront plus là. Je pense qu’il faut aussi avoir de la persévérance dans ce que l’on entreprend.»
Toby
«Ne pas se laisser abattre par les préjugés et penser que l’on est différent. C’est les autres qui ont un problème s’ils ne peuvent nous accepter, pas nous. Il faut faire sa place en tant que personne de nationalité différente. Prouver aux autres qu’ils ont tord. Pour ça il faut s’impliquer. Faire sa place, c’est important dans la vie.»
Lorie
«On a juste une vie à vivre et nous avons eu une seconde chance de la vivre, alors profitons de ce qui nous reste plutôt que de regretter.»
Diana

«De remercier nos parents adoptifs et de ne pas renier qui ont est pour se faire accepter... être capable d’assumer ses différences.» Emily

«En tant qu’enfant biologique je voudrais dire aux autres enfants qui auront à accueillir des frères et soeurs adoptifs qu’il est important de se donner du temps pour accepter nos nouveaux frères et soeurs. Puis ne pas oublier que nous avons eu la chance d’avoir des parents alors que d’autres n’en ont pas ça me semble important de vouloir les partager.» Charles-Alexandre

Quel conseil donneriez-vous aux parents adoptants ?

«Il faut répondre le plus possible aux questions des enfants et les rassurer s’il y a un problème.»
Lorie

«Je conseille aux parents d’aider leur enfant dans ce qu’il souhaite le plus faire en dehors de standards. Ne pas faire de stéréotypes en fonction de la race ou de l’origine de l’enfant. Etre attentif à ses enfants. Lorsque les enfants sont jeunes leur apprendre tout de suite les choses de la vie et de les élever dans le droit chemin, pas comme des enfants gâtés. C’est important que les enfants puissent apprendre à se débrouiller seul, à assumer les conséquences de ce qu’ils sont et font. Ne pas surprotéger les enfants ; ce n’est pas parce qu’ils sont noirs ou adoptés qu’il faut les élever différemment.»
Tobby

«Je conseillerai aux parents de ne pas tout donner tout cuit dans le bec de leurs enfants. Il faut aussi porter attention aux mots que l’on utilise pour ne pas blesser l’enfant dans ce qu’il est, cela pourrait lui faire perdre sa confiance, son estime d’enfant adopté.»
Lorie

«Continuer à présenter à votre enfant des personnes de sa couleur et de sa nationalité. Si cela est impossible faite le par le biais des autres enfants adoptés, des fêtes multi culturelles, de la cuisine, des poupées, etc. Respectez ces origines. Lorsqu’on est plus jeune c’est assez agréable de participer aux fêtes de familles adoptantes, car on y rencontre des enfants comme nous et l’espace d’une après-midi on peut baisser notre garde on sait que l’on ne se fera pas embêter ou questionner à propos de nos origines.»
Diana

Y a-t-il quelque chose de particulier que vous vous voudriez dire, que vous trouvez important que les gens sachent ou pensent ?

«On a le pouvoir de changer les choses dans la vie d’un enfant. Nous on est chanceux d’avoir eu une bonne famille et d’avoir pu grandir avec tant d’amour. »
Virginia

«On a pas été adoptés juste pour être sortis de la misère, mais aussi pour avoir autre chose. On est reconnaissant de ce qui nous arrive.»
Toby

«Lorsqu’on adopte quelqu’un on change deux vies; la sienne et celle de l’enfant.»
Emily

«Une personne adoptée reste une personne fragile, l’adoption c’est quelque chose de gros à vivre. On le sait que l’on est pas comme les autres et que l’on vit une deuxième vie. Si les gens pouvaient être plus ouverts d’esprit, faire plus attention à ce qu’ils peuvent dire et être moins intrusifs avec leur questions cela nous aiderait beaucoup. »
Diana

«On donne une chance à un enfant lorsqu’on l’adopte. Tout le monde a des rêves à réaliser et il faut respecter ça.»
Lorie


Voici d’autres réflexions, commentaires et témoignages que certains parents m’ont partagé tout au long de la préparation du livre :

«A notre arrivée en Belgique avec notre nouvelle petite de 8 mois, voilà ce qu’à dit son frère en la couvant de ses yeux pétillants : «C’est MA soeur» ! »
Loïc 3 ans

«T’as vu maman, elle est marron comme moi.»
Wondeler 3 ans, lorsque sa petite soeur est arrivée d’Haïti

«Lorsqu’on signe soit même les papiers pour son adoption, on prend une chance.»
Anira adoptée à l’âge de 11 ans

«J’ai peur de grandir, ça me fait peur de ne pas savoir ce qu’il va arriver. Je veux rester longtemps petite pour pouvoir demeurer avec maman.»
Alyssa 9 ans

Lorsque notre fils, adopté à Haïti, a vu un bébé blanc pour la première fois il s’est exclamé : «Oh un bébé gris !»
Jérémi 3ans

«Moi j’aimerai que ma maman soit noire, comme ça ça ne paraîtrait pas que je suis adoptée !»
«Le seul lien de sang que j’aurai pu avoir avec quelqu’un aurait été avec un de mes enfants.»
Valérie adoptée à 4 ans, dans l’attente d’une petite puce de Thaïlande

«Je ne peux pas rester avec toi maman, parce que j’ai déjà une vie en Suisse. Je suis simplement venue te dire bonjour et te dire que je vais bien.»
Mathéa, lors de retrouvailles

«C’est quand qu’elle va partir, elle.»
Charles 4 ans, quelques semaines après l’arrivée de sa petite soeur

«On m’a tout pris, jusqu’à mon nom qu’on a changé.»
Gwen 19 ans

«Et maman il parait qu’il y a une autre personne noire au village !»
Alyssa 9 ans adoptée à Haïti

«Ils étaient dans quelle crèche Clovis, Béatrice, Lucien et Sophie avant ?» Voila ce que Aline âgée de 4 ans nous a demandé en revenant d’une fête de famille ou elle avait joué avec tous ces cousins et cousines. Pour elle l’adoption c’était pour tout le monde et tous les enfants avaient grandi dans une crèche avant d’être adoptés.
«Quand je vais être grande je vais adopter plein d’enfant !»
Maxim 7 ans

«Dans les années 1950 les jeunes filles mères étaient souvent contraintes de confier leur enfant à l’adoption. C’est comme ça que je suis née au Québec et que j’ai été adoptée au Québec quelques mois après ma naissance. Je considère que j’ai été bénie d’être accueillie dans une si belle famille au sein de laquelle j’ai toujours été considérée de la même façon que mes frères et soeurs. Je dis toujours que moi j’ai le privilège d’avoir été choisie. Je ne me rappelle pas le jour où on m’a dit que j’étais adoptée. C’est comme si je l’avais toujours su. Chez nous ce n’était pas un tabou, je n’ai donc pas vécu la blessure d’être adoptée car je savais que mes parents m’aimaient. Par contre je me suis souvent demandé qui étaient mes parents de naissance, si je leur ressemblais, etc. Ces questions ne m’envahissaient pas car j’ai grandi dans un milieu stable et aimant et je n’avais pas de vide à combler. Simplement c’était une trame de font. Je pense que c’est tout simplement naturel de vouloir savoir qui l’on est et d’où on vient, c’est un besoin qui n’est pas forcément issu d’un malheur et qui n’enlève rien aux parents adoptifs. J’ai grandi avec mes questions et vers les années 1980 il y a eu de nombreux mouvements de retrouvailles au Québec. Chaque fois que je voyais un témoignage je me disais que j’avais peut-être des chances, moi aussi, de retrouver mes parents de naissance. Mais c’est une démarche difficile car souvent les indices sont bien faibles. On vit alors une succession de montagnes russes chaque nouvel indice nous apporte l’espoir, le rêve, l’excitation. Il arrive aussi que l’on tombe sur de mauvaises nouvelles. Lorsque j’ai découvert que ma mère était décédée ce fut un gros choc. D’un seul coup je perdais tout espoir de retrouver le reste de ma famille. Pour cette raison je conseille à présent aux gens qui souhaitent entamer des recherches de ne pas le faire seul et de s’assurer d’avoir à leur côté quelqu’un qui pourra les épauler. A force de détermination et de soutien car ce n’est pas forcément facile de passer ses vacances en compagnie de sa conjointe qui écume les cimetières et registres, j’ai pu considérer d’autres pistes et finalement retrouver mon père. A partir de là tout a été très vite. Je l’ai présenté à ma famille et il m’a présenté à la sienne. Je sentais chez lui un désir irrépressible de rattraper le temps perdu. Tout à mon bonheur d’avoir retrouvé mon père c’est presque une nouvelle vie qui a commencé. Mais là encore je conseillerai aux gens de prendre leur temps, car tous les membres de la famille ne sont pas dans la même effervescence et peuvent avoir besoin de temps pour intégrer ces nouveaux venus parmi eux. Parfois dans le feu de l’action on oublie de se protéger ou de protéger ceux qui nous entourent. Pourtant chacun a à comprendre et accepter nombre de choses dans une telle situation. Mon père de naissance ne remplacera jamais mon père adoptif... De plus découvrir son père c’est un peut faire entrer un nouvel homme dans notre vie et lui laisser beaucoup de place. Mon mari a été d’une patience d’ange. Il aurait pu me demander de choisir, mais il a plutôt choisi de m’accompagner. Il faut aussi s’apprivoiser dans la durée. Parfois l’émotion passée on se rend compte que rien ne nous lie... d’autres fois on réalise qu’en retrouvant un père se sont aussi des frères, des soeurs, des oncles, tantes et grands-parents que l’on découvre. Pour mon père en retrouvant sa fille, il a retrouvé un peu de son premier amour... on peut comprendre que cela puisse bouleverser des vies et que le temps soit nécessaire. Les attentes peuvent également varier; mon père n’avait rien à justifier il souhaitait plutôt me retrouver pour savoir qui j’étais. Au final je ressemble à mon père... et ces retrouvailles ont mis fin à beaucoup d’interrogations. Je me trouve vraiment chanceuse d’avoir pu vivre ça et forcément cela renforce mon attachement envers les autres enfants adoptés. Je me dis souvent qu’en plus d’avoir eu la chance de grandir dans une famille adoptive aimante, j’ai eu le bonheur de retrouver mon père de naissance. »
Jeny 53 ans



Note de l'auteure:

Je tiens ici à préciser que ceci ne constitue en rien une étude, le but n’étant pas d’arriver à une conclusion plutôt qu’à une autre, mais simplement de découvrir et de témoigner d’une petite parcelle de la façon dont se vit l’adoption. Ce sont donc les hasards de la vie, les rencontres spontanées et l’ouverture de nombreuses personnes sensibles à mon projet et au sujet de l’adoption qui ont permis ses échanges au cours desquelles elles ont livré une partie de ce qu’elles sont, pensent, vivent et espèrent.

Je tiens à les remercier pour leur ouverture et générosité, de même que l’accueil qu’elles m’ont réservé et la confiance qu’elles ont placé en moi. Ce fut un grand privilège. Elles m’ont accordé des heures entières, parfois des nuits et m’ont confié des trésors d’intimité qui m’ont fait frissonner. Ce fut un grand privilège pour moi et à présent pour vous, car sans eux les pages suivantes n’auraient pu exister.
Parmi eux vous avez lu les propos de Toby 16 ans, Virginia 15 ans, Diana 19 ans et Alyssa 9 ans tous adoptés avant l’âge de 2 ans et originaire d’Haïti, ainsi que les soeurs Taina 12 ans et Lorie 13 ans venues d’Haïti elles aussi, Gabriel 13 ans adopté petit à Haïti mais ayant grandi par la suite dans une famille d’accueil, Emily originaire de Russie adoptée à l’âge de 10 ans et Audrey-Anne 14 ans, Luc-Vincent 16 ans et Charles-Alexandre 13 ans enfants «tricotés maison» et frères et soeurs d’enfants adoptés.


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Adoption internationale

© Laetitia Toanen 2007 & Guy Saint Jean Editeur - chemin-de-traverse.com