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Témoignages
en complément à ceux du livre
La proposition
... lorsque le rêve ne correspond pas à la réalité
« Le téléphone vient de sonner; une proposition nous attend au bureau de l’organisme d’adoption. Nous nous y précipitons pour consulter le dossier et voir les photos. Malheureusement, si la petite fille qui nous souriait était jolie, elle ne correspondait pas du tout à l’image que nous nous étions faite de notre petite fille. Nous adoptions dans un pays d’Afrique et nous avions sous les yeux une petite fille au teint clair et aux yeux bleus. Notre sentiment était mitigé. Nous nous sentions coupables de ne pas ressentir un amour absolu envers ce petit visage. Il nous a fallu quelques temps pour apprivoiser cette nouvelle image de notre enfant à venir. »
Henry
L’attente
... les coups durs
«Nous étions sur le point de partir en Chine chercher notre petit Miug Mai, quand le virus de SRASS a commencé à mobiliser tout le monde. Quelques semaines plus tard, les frontières étaient fermées et nous ne savions quand elles rouvriraient. Nous avions l’impression que notre minuscule petite fille était enfermée dans un endroit ou le virus se propageait chaque jour davantage, ne cessant de faire des victimes»
Viviane
«Nous avions déjà adopté deux enfants en Colombie et nous attendions une petite fille d’Inde. Comme elle était dans une famille d’accueil, la dame qui s’en occupait avait davantage de temps pour nous donner des nouvelles. Une fois par mois nous recevions un rapport progrès, des photos et même des cassettes vidéo. Nous pouvions donc admirer notre fille et la voir grandir à distance. Cela nous aidait à patienter et créait un attachement très fort sans que nous l’ayions rencontrée. Elle faisait partie de notre vie. Puis le gouvernement Indien a décidé d’arrêter l’adoption. Les dossiers en cours n’ont pu être finalisés et il a fallu faire le deuil de notre petite fille. Pendant près d’un an nous avons vécu avec elle par le biais de dessins, photos et film, puis plus rien. Notre petite fille continue de vivre quelque part en Inde, mais nous ne la connaîtrons jamais.»
Eva
Voyage et rencontre
... le voyage
«Lorsque nous avons décidé d’agrandir notre famille avec un deuxième enfant, nous avons choisi, mon conjoint et moi, de retourner en Chine. Notre première expérience s’étant avérée fort positive, nous avions le goût d’y retourner et de vivre un deuxième voyage d’adoption dans ce pays. Mais les données avaient changé et une question se posait désormais pour nous. Est-ce que nous devions faire le voyage en Chine avec notre fille de deux ans et demi ou non ?
Certains professionnels en adoption ne recommandent pas d’amener un enfant âgé de moins de six ou sept ans puisque avant cet âge, ils ne sont pas aptes à comprendre rationnellement les enjeux du voyage d’adoption et n’ont pas le minimum d’autonomie requis . Comme mère, je ne me sentais pas capable de laisser ma fille pendant un peu plus de deux semaines. Je croyais que dans sa jeune vie, elle avait eu sa part au chapitre de l’abandon. Je me disais qu’un enfant de cet âge ne pouvait pas comprendre rationnellement que ses parents l’abandonnaient pendant deux semaines pour ensuite revenir avec un autre enfant qu’elle ne connaissait pas. Nous avons donc décidé de partir avec notre fille en toute connaissance de cause, sachant très bien qu’elle aurait certainement une bonne réaction de jalousie et que nous aurions à gérer cette situation et bien d’autres choses.
Nous sommes partis précipitamment, en pleine crise du SRAS.
Le 4 avril, nous étions à l’aéroport de Dorval avec notre groupe de départ. Juliane était excitée à l’idée de prendre l’avion pour la Chine. Une Chine dont elle n’avait plus souvenir. Après plusieurs heures de vol nous sommes arrivés, fatigués par le décalage horaire et le voyage. Le soir même nous étions invités par les gens de l’orphelinat à une petite cérémonie d’adoption. Sans même avoir le temps de terminer notre souper, il a fallu partir. Nous étions très énervés.
Arrivés dans la salle, nous attendions impatiemment la venue des nounous avec les bébés. À leur arrivée, nous cherchions des yeux notre fille d’à peine 10 mois. Enfin, elle était là, en habit traditionnel rouge pour les circonstances. La nounou s’est approchée de nous et a tenté de nous dire quelques mots dans un anglais très élémentaire. Elle nous a dit entre autres que notre fille buvait du lait de vache et qu’elle était intelligente. Notre fille ne voulait pas venir dans nos bras et elle pleurait à chaudes larmes montrant les bras en direction de sa nounou. C’était déchirant, même la nounou ne pouvait retenir ses ne comprenait pas trop ce qui se passait. Sa sœur était si petite, un bébé qui pleure et qui veut rester avec sa nounou. Elle avait imaginé qu’elle pourrait jouer avec elle et qu’elle serait assez grande pour la suivre partout. Durant le voyage, Juliane a beaucoup insisté pour qu’on retourne sa sœur à sa « maman nounou ».
Nous l’avons appelée Sandrine et sommes littéralement tombés amoureux de notre fille. Pour sa part, ce n’était pas vraiment le cas. La pauvre petite se retrouvait du jour au lendemain sans sa nounou et son univers familier. Nous la sentions un peu désemparée, elle était en état de choc et avait un deuil à faire. Elle riait peu et nous observait beaucoup. Comme parents, nous avions à l’apprivoiser tranquillement. Nous avions à favoriser son attachement petit à petit au fil des jours. Nous avons tout fait ce qui était en notre pouvoir pour que Sandrine se sente en sécurité et qu’elle commence à nous faire confiance. Nous savions que tous les éléments étaient en place pour que le processus d’attachement soit facilité, elle était assez jeune et elle semblait avoir eu de bons soins. En adoption, ce n’est pas toujours le cas. Sandrine n’avait pas de retard pondéral, ce qui nous indiquait qu’elle n’avait pas trop souffert de la faim. De plus, elle était bien développée sur le plan psychomoteur. Trois semaines après son arrivée au Québec, à 11 mois, elle marchait.
De son côté, Juliane devait apprivoiser son nouvel environnement. Tout était différent. Les premières journées, elle ne voulait pas manger sauf au déjeuner. Cela a pris quatre jours avant qu’elle se décide à goûter à un nouveau met, et bien sûr, elle a dévoré le contenu de son assiette dans un temps record. De plus, elle est intolérante au lactose et il fallait traiter le lait. Il faut attendre 24 heures avant que le lait soit consommable après y avoir mis du lactase. Enfin, il y a toute sorte de petites choses à prévoir lorsqu’on voyage avec un enfant : jeux, couches, aliments spéciaux et autres. En plus des changements d’environnement, Juliane devait apprivoiser sa sœur. Le premier contact avec sa soeur n’avait pas été des plus facilitant. Également, elle était jalouse, réaction tout à fait normale. Elle désirait vérifier que ses parents l’aimaient toujours et qu’elle avait encore sa place. À deux ans, c’est plutôt difficile à comprendre. Juliane devait apprendre à partager l’amour de ses parents avec sa sœur qu’elle ne connaissait pas. Lorsque nous étions en groupe, Juliane se maîtrisait assez bien. C’est dans l’intimité de la famille qu’elle réagissait le plus fortement par des crises. Elle était aussi dans sa période d’affirmation et la venue de sa sœur ne venait pas adoucir cette étape. Ses réactions ont été plus intenses durant le premier mois et puis les choses sont rentrées tranquillement dans l’ordre. Malgré ses réactions de jalousie, Juliane désirait participer aux soins de Sandrine. Elle faisait aussi rire sa sœur et essayait d’être en contact avec elle par des jeux. C’était sa façon d’apprivoiser Sandrine.
Le voyage d’adoption n’est pas une cure de tout repos. C’est la rencontre d’un enfant dans un contexte qui n’est pas familier, ni pour l’enfant, ni pour les parents. Au retour, il a fallu près d’une semaine pour se remettre du décalage horaire. Juliane s’est adaptée à sa nouvelle situation et tranquillement les crises se sont espacées. Peu après notre arrivée, Juliane m’a posé des questions sur la maman nounou de Sandrine. Je lui ai expliqué qu’elle aussi avait eu une nounou. Sa première réaction en fut une de négation. Je me suis dit qu’elle n’était pas prête à en parler. Quelques semaines après cet événement, elle m’a posé des questions sur sa nounou et je lui ai alors raconté une fois de plus son histoire. Elle était émue lorsque je lui ai montré des photos de son orphelinat et de sa nounou. Ses photos de voyage prenaient maintenant un nouveau sens pour elle.
Deux ans plus tard, nos filles ont grandi et sont resplendissantes. Elles sont devenues des grandes sœurs puisque la famille s’est agrandie à nouveau. Cet automne, nous avons accueilli un bébé de 5 mois en provenance de la Corée. Cette adoption n’a pas nécessité de déplacement dans le pays d’origine. Ce n’est probablement pas l’idéal pour l’enfant qui doit voyager avec une escorte, mais compte tenu de notre situation familiale, cela s’est avéré à notre avis le meilleur choix. Nos deux filles ont pu participer à l’arrivée de leur frère. Cinq mois après son arrivée au Québec, Félix est en forme et s’adapte admirablement bien à sa situation familiale. Les réactions de jalousie n’ont pas duré trop longtemps cette fois-ci.
Nous vous avons raconté notre expérience, mais chaque voyage est différent. Amener un enfant de deux ans en Chine peut comporter des risques. Plusieurs adultes sont malades en voyage et les enfants sont encore plus fragiles. Il vaut mieux connaître les risques de santé potentiels, reconnaître les signes et les symptômes des principaux problèmes de santé et prévoir les médicaments appropriés dans notre pharmacie de voyage. Il faut bien connaître les mesures d’hygiène élémentaires : prévoir un gel alcool pour se désinfecter les mains, ne jamais boire d’eau sans la faire bouillir ou boire de l’eau embouteillée, ne pas manger d’aliments à risque, etc. La plupart des cliniques de voyageurs informent bien les parents à ce sujet. À part les problèmes de santé, il n’est pas dit que tous les enfants voyagent bien, ni tous les adultes. Il faut donc anticiper le type de problème qu’on peut rencontrer et être prêts à y faire face. Être bien renseignés et bien préparer son voyage sont donc essentiels.
Nicole
Comité d’accueil à l’aéroport
«Lorsqu’on arrive du bout du monde avec notre enfant, on a bien hâte de voir les nôtres.
Au cours des deux dernières semaines nous avions vécu autant de grands bonheurs que d’immenses inquiétudes. En retrouvant nos familles c’était comme si ‘’plus rien ne pouvait nous arriver’’ et nous avions tellement de choses à raconter ! Par contre nous les avions averti, que le petit resterait dans nos bras et nous avions demandé à ce que seulement nos parents, frères et sœurs soient là.
Paul
Suivi médical et réaction
... tests et rejets
«Lorsque Noémie est arrivée d’Ukraine, elle avait 7 mois. Beau bébé angélique, dans sa chaise haute, elle refusait tout contact avec nous. Elle se débattait dès qu’on la prenait, hurlait sitôt que nous tentions le moindre contact avec elle. Nous avions vraiment l’impression qu’elle ne voulait pas de nous.»
Emilia
... manque de stimulation
«Lorsque nous avons rencontré Mia en Chine, elle avait 16 mois et ne marchait pas. A notre retour en France, deux semaines plus tard, elle faisait ses premiers pas !»
Laurence
... auto-stimulation
« David se balançait sur lui-même, dans la journée sur son tapis de jeu, sur sa chaise haute et la nuit avant de s’endormir. Au fil du temps les balancements de jours ont cessé, mais ceux de nuit duraient. Jusqu’au jour ou une petite sœur est arrivée et que les deux ont dormi dans la même chambre.»
Mélinda
... vivre une vie d’enfant versus les responsabilités que ceux-ci ont parfois dans les orphelinats
«Notre petite fille est arrivée à l’âge de 6 ans au Québec, avec la colonne complètement déformée et une épaule plus basse que l’autre… pour la simple raison qu’à l’orphelinat elle promenait les bébés sur sa hanche pour les consoler et les distraire !»
Huguette
Accepter les différences
«Un jour je rentre dans un magasin de jouets pour acheter un petit trotteur pour les 2 ans de notre petit crapaud. La dame regarde mon fils qui est dans sa poussette et me dit ‘’Voyons il est bien trop grand pour ça’’. Alors je lui explique qu’il ne marche pas encore. Elle s’agenouille alors près de mon fils et lui dit ‘’ Comme ça tu es un petit paresseux toi!’’ Je l’aurais ficelée avec son papier et ses rubans de toutes les couleurs de sa belle boutique pour l’envoyer à Haïti afin qu’elle voit si réellement mon fils était un petit paresseux ou plutôt un grand survivant. J’ai pris soin de la mettre au parfum afin qu’elle sache à quel point j’étais fière de mon fils et qu’il était hors de question de mettre en doute son courage et sa volonté, mais j’étais démontée.»
Marie
«Les premiers mois où Mathilde est entrée à la garderie ont été une sinécure. Tout était matière à reproche. Elle ne parlait pas comme il faut, mangeait avec ses mains et refusait d’aller sur le petit pot. Chaque jour j’avais droit à une nouvelle constatation affligeante visant à démontrer à quel point Mathilde était un fardeau. Pourtant personne ne remarquait que Mathilde écoutait chacune des consignes, ne se trouvait jamais au cœur d’un conflit, aidait à ramasser les jouets et était toujours de bonne humeur ! Mathilde ne figurait tout simplement pas dans les standards habituels et cela déstabilisait vraiment l’éducatrice. C’est dur de laisser son enfant à la garderie, mais si en plus on nous adresse une panoplie de reproches quant à ses compétences ça devient réellement minant.»
Pascal
Adoption versus scolarité
... les risques d’une scolarisation rapide
«Ma fille est arrivée en Avril d’Inde et est allé à l’école au bout de quelques jours. Elle voulait absolument y aller. Sa nounou l’avait préparé en ce sens en lui disant qu’elle pourrait faire des études, que c’était un signe de richesse, etc. C’était tellement important pour elle ! L’école lui a permis d’entrer en contact avec d’autres enfants avec qui elle a rapidement appris le français. L’école a fait partie de sa vie et de son adoption. Après avoir discuté avec la professeure, elle a accepté que Lilas puisse faire une seconde année de maternelle avant de rentrer en première année. Je pense qu’il est important d’insister auprès de l’école pour que l’enfant passe suffisamment de temps dans une classe afin qu’il puisse se familiariser avec l’environnement mais aussi les subtilités de la langue avant de commencer l’école pour de vrai. De plus à cet âge là une ou deux années de retard passent relativement bien. Bien sur lorsque notre fille est arrivée au secondaire il a fallu expliquer plus souvent. Mais je pense franchement que cette année n’est pas une année de perdue.»
Chantal
Les troubles de l’attachement
«Adopté à l’âge de 6 ans Mathieu ne savait pas ce qu’était l’affection. Parce qu’il voyait les autres enfants câliner leur maman, il venait se coller à moi. Mais cela n’était pas spontané et même sur moi il ne se lassait pas aller, comme si il n’y prenait aucun plaisir. Pendant presque 2 ans j’ai souvent pleuré … quoi faire, comment aimer cet enfant qui ne nous aime pas, qu’envisager pour la suite ? Les yeux qui fuient, les contacts qui s’évitent c’est dur sur un cœur de parent… heureusement ça n’a pas été pour toujours. Pour moi, le contact avec d’autres mamans dans la même situation, le fait de pouvoir observer chez d’autres les mêmes comportements que nous vivions à la maison m’a beaucoup aidé. Puis on se sent toujours plus à l’aise de partager avec des gens qui vivent les mêmes choses et ne nous jugent pas.»
Jennifer
Désir de plaire
«Louisa, était tellement serviable, qu’on aurait dit une ombre. Par son comportement, ses attentions, ses remarques, elle évitait toutes discordes, reproches et tensions dans la maison passant ainsi pour une petite fille parfaite. Hors Louisa mourrait d’envie de dire non à l’occasion, aurait bien aimé veiller plus tard, apprécierait que sa mère cesse de la coiffer avec des rubans roses et replacerait volontiers son petit frère qui ne cesse de la tourmenter. Mais Louisa pense encore trop souvent qu’elle doit tout faire à la perfection pour qu’on l’aime.»
Gaspar
La vie de l’enfant
... abandonné ou confié
« Vis-à-vis de mon fils, je me sentais presque obligée de tout faire pour entretenir un lien avec ses parents biologiques, afin que si un jour il le souhaitait il puisse être en mesure de les rencontrer. Je considère que ce n’était pas à moi de décider de couper les liens. De la même façon que je ne les lui imposerai pas s’il n’en manifeste pas le désir.»
Roxanne
«Nous avons adopté nos enfants en Ukraine, qui avaient été retirés de leur famille pour maltraitance. Lors du jugement les parents biologiques auraient pu se présenter pour nous rencontrer. Ils ne l’ont pas fait et nous n’avons pas cherché à les rejoindre nous non plus. J’avais du mal à imaginer ce que j’aurai pu dire à des parents qui avaient maltraités leurs enfants au point qu’on les leur retire.»
Christophe
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